Mémoires de l'assassin de Sissi, édition établie par Santo Cappon
Bonjour,
Je viens de terminer la lecture de cet ouvrage paru aux Editions du Cherche-Midi, en 1998, mais peut-être s'agit-il d'une réédition. Luigi Lucheni, assassin de l'impératrice Elisabeth d'Autriche à Genève un 10 septembre 1898, a écrit sur cinq cahiers bleus son enfance malheureuse, durant ses années de détention.
Enfance malheureuse, il est abandonné par sa mère, parti sous d'autres cieux plus cléments, les Etats Unis, puis élevé à l'hospice avant d'être confié à des familles d'accueil. Ce n'est qu'à l'âge de neuf ans, lors d'un changement de famille, qu'il comprend qu'il n'a plus de parents biologiques. Nous sommes au milieu du XIXe siècle, dans une Italie rude, où l'affection n'a pas sa place. On peut comparer sans problèmes le petit Luigi à la Cosette des Misérables.
Santo Cappon qui signe la préface parle alors de circonstances atténuantes au geste de Luccheni, son enfance malheureuse serait à l'origine de son geste sur l'impératrice plus que les considérations politiques et notamment anarchiques. Au procès, Luccheni répondra à cette question: "Quel but pensiez vous atteindre par votre crime?", "Venger ma vie".
Alors certes, c'est bien aux nantis qu'il en veut, à ceux qui ont alors que lui n'a rien. Au procès, on lui fera remarquer la simplicité et la charité d'Elisabeth, il répondra sarcastique: " Oui, elle a toujours travaillé..." Mais il n'y a pas de haine personnelle, même si une enquête apprfondie fait disparaître une légende tenace. On a souvent dit qu'Elisabeth avait pris la place du duc d'Orléans, annulant sa visite à Genève, Luccheni se serait rabattue sur l'impératrice. Il semblerait en fait que le duc d'Orléans soit venu à Genève mais bien avant. Pas de haine personnelle, le meurtrier ira même jusqu'à afficher une photo de Sissi dans sa cellule. Le directeur de la prison demandera qu'on l'enlève.
Luccheni se suicide dans sa prison en 1910, dans des circonstances troubles, il réussit à déjouer la surveillance des rondes. ll reste à décapiter le régicide puis de scier la calotte cranienne pour en extraire le cerveau. En 1986, il semble que la Confédération Helvétique ait voulu se débarrasser de ce souvenir encombrant, le crâne part pour Vienne à la seule et unique condition qu'il ne soit plus accessible au public (ce qui enflamme les imaginations).
Le corps d'Elisabeth quant à lui fera exception. Chez les Habsbourg, on aime aussi le découpage, le corps repose à la crypte des Capucins, les viscères à la cathédrale Saint Etienne, le coeur à l'Augustinerkirche. Elisabeth gardera intact ce beau corps qu'elle avait tant aimé.
Livre interessant même si la place faite à Elisabeth est minime. L'intérêt du livre réside sans doute ailleurs, dans ce récit d'une vie misérable à l'orée de la naissance d"une société moderne, à une époque où la politique sociale est inexistante. Il est au final difficile de ne pas s'apitoyer sur le sort de cet homme meurtri qui en délivrant Elisabeth de sa vie trop lourde à porter l'a fait entrer dans la légende...
La cellule de Luccheni, elle sera démontée par un collectionneur.