Le soleil noir de la mélancolie... Dominique Paoli.

Publié le par erzi

Bonjour à tous,

 

Aujourd'hui un long article devant lequel je ne peux plus reculer. Il s'agit du dernier livre de Dominique Paoli, spécialiste des têtes couronnées. Au détour d'un article, nous avions évoqué son "best seller" sur la duchesse d'Alencon. Ici, elle s'attaque à un autre personnage du panthéon habsbourgeois l'impératrice Charlotte. Le livre est récent, il tient compte donc des derniers travaux sur le personnage, des dernières ouvertures d'achives et brosse un portrait complet de la soeur de Léopold II, et surtout un portrait psychologique de Charlotte.

Très vite, l'auteur met en évidence, les drames qui ont secoué l'enfance de la princesse belge, les traumatismes qui jamais ne guériront: l'absence de la mère et d'une présence féminine à ses côtés, un père qui adule l'enfant mais qui reste lointain, et une exaltation étrange dès l'enfance: trop d'application dans les études pour une fille, un orgueil assez démesuré.

De son futur mari, l'archiduc Maximilien (frère de François Joseph), Dominique Paoli dresse un portrait sans concession, le doux jeune homme rêveur est également un être indécis mais aussi calculateur, il négociera lui-même avec mesquinerie la dot de sa fiancée. Il dit d'elle : "Elle est petite, je suis grand, ce qui doit être. Elle est brune, je suis blond, ce qui est bien aussi. Elle est très intelligente, ce qui est un peu ennuyeux, mais sans doute en viendrais-je à bout". Max n'aimera jamais sa femme et celle ci toujours par orgueil le masquera, enfouira au fond d'elle-même les blessures conjugales. Même le mariage semble-t-il n'a jamais été consommé, Charles Louis, autre frère de Max, confiera au psychiatre belge chargé de soigner Charlotte, qu'elle était trop "étroite" et que l'acte marital n'avait pu se faire. C'est assez nouveau, car bien souvent on parle plus de l'impuissance ou de l'homosexualité de l'archiduc.

Le mariage a lieu le 27 juillet 1857, et un premier épisode dépressif est relevé par Mme Paoli au mois de janvier 1858, la nuit de noces a été un désastre, nulle grossesse en vue (et pour cause), Charlotte déprime. Il y aura d'autres crises, toutes soigneusement cachées sous divers prétextes ou maladies imaginaires. Charlotte a sa fierté.

Je passerai très vite sur les rapports qu'elle entretient avec sa belle-soeur Elisabeth, l'épisode du bichon de Charlotte croqué par le chien de berger d'Elisabeth est très connu. Par contre, il serait possible que les deux belles soeurs aient été en froid pour incompatibilité de caractères mais pas seulement, Maximilien était très attaché à la belle Sissi, mais jusqu'à quel point?

Au Mexique, les divergences dans le couple sont encore plus criantes, Maximilien tombe amoureux d'une belle indienne et va jusqu'à lui faire un enfant, Charlotte aurait eu des inclinations pour le colonel Van der Smissen puis pour le lieutenant de vaisseau Charles Loysel. Deux pères potentiels pour un enfant, le futur général Weygand. C'est un des grands mystères de la vie de Charlotte (et un de ses attraits avec la tragédie de sa folie), mais il n'y a aucune preuve. D'après Dominique Paoli, si Maximilien a eu un enfant, la stérilité du couple serait alors du à Charlotte, et le général Weygand peut se chercher une autre mère. Un temps le couple aurait souhaité l'adoption de François Ferdinand comme héritier du trône mexicain.

On l'a dit, le charme du personnage vient de l'obscurité de sa vie privée, des secrets d'alcôve qu'elle renferme, et du destin tragique de l'impératrice: le retour en Europe, son mari fusillé, puis la folie à seulement 27 ans. Pouquoi ce basculement si soudain? On a parlé d'épisodes dépressifs, mais Dominique Paoli évoque aussi l'absorption de poison qui aurait fait définitivement basculé la raison de la pauvre Charlotte. Puis vient les longues années d'isolement au château de Tuerveren puis à Bouchout: les crises de persécution, les séances de cravache, l'oubli complet de soi-même. Puis la délivance, un jour de janvier 1927 à 7 heures du matin. Si Max ne la méritait sans doute pas, il semble que même dans sa folie, elle lui soit restée fidèle envers et contre tout. 

Le livre est très complet, passionant, la seule choses que l'on puisse regretter, c'estle manque de photos originales sur le couple, elles ne sont déjà pas très nombreuses, mais celles qui sont présentées dans l'ouvage sont toutes très, trop connues.

 

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Le château de Miramare qui abrita le début du mariage de Charlotte et Maximilien.

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